La reprise du pouvoir par les militaires suscite l'enthousiasme des nombreux mécontents de la IIIe République. Le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de transition, est porté à la tête du CMRPN. Il s'engage résolument dans une politique tournée vers les campagnes, avec un certain succès au départ, et il tente une moralisation de la vie publique. Mais la popularité du régime s'émousse très vite, surtout à cause des restrictions du droit de grève et des mesures tendant à limiter l'émigration. Au sein de l'armée, un conflit larvée naît entre les colonels et les capitaines, dont certains font pour la première fois leur apparition sur la scène politique, tel le capitaine Thomas Sankara, nommé secrétaire d'Etat à l'information. Avec sa démission fracassante cinq mois plus tard, la crise devient ouverte. Le dénouement survint en novembre 1982, par un coup d'Etat qui porte les jeunes officiers au pouvoir. C'est l'avènement du Conseil du Salut du Peuple (CSP). |
![]() Colonel Saye Zerbo |
La reprise du pouvoir par les militaires suscite l'enthousiasme des nombreux mécontents de la IIIe République. Le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de transition, est porté à la tête du CMRPN. Il s'engage résolument dans une politique tournée vers les campagnes, avec un certain succès au départ, et il tente une moralisation de la vie publique. Mais la popularité du régime s'émousse très vite, surtout à cause des restrictions du droit de grève et des mesures tendant à limiter l'émigration. Au sein de l'armée, un conflit larvée naît entre les colonels et les capitaines, dont certains font pour la première fois leur apparition sur la scène politique, tel le capitaine Thomas Sankara, nommé secrétaire d'Etat à l'information. Avec sa démission fracassante cinq mois plus tard, la crise devient ouverte. Le dénouement survint en novembre 1982, par un coup d'Etat qui porte les jeunes officiers au pouvoir. C'est l'avènement du Conseil du Salut du Peuple (CSP).
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C'est l'une des périodes les plus agitées de l'histoire du Burkina Faso. Assaillis par divers courants politiques, les jeunes militaires hésitent entre le retour à une vie constitutionnelle normale et le basculement du pays dans la voie progressiste. Le premier camp est représenté par le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, porté à la tête de l'Etat et soutenu par une frange importante de la haute hiérarchie militaire et le second par Thomas Sankara, son Premier ministre, qui bénéficie du soutien des jeunes officiers et de l'appui des organisations civiles marxisantes. C'est l'une des périodes les plus agitées de l'histoire du Burkina Faso. Assaillis par divers courants politiques, les jeunes militaires hésitent entre le retour à une vie constitutionnelle normale et le basculement du pays dans la voie progressiste. Le premier camp est représenté par le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, porté à la tête de l'Etat et soutenu par une frange importante de la haute hiérarchie militaire et le second par Thomas Sankara, son Premier ministre, qui bénéficie du soutien des jeunes officiers et de l'appui des organisations civiles marxisantes. |
![]() Le Médecin Commandant Jean Baptiste Ouédraogo |
La crise s'amplifie avec l'arrestation du capitaine Thomas Sankara et de ses compagnons. Les jeunes de Ouagadougou , la capitale envahissent les rues pour réclamer leur libération. Pour contrer la popularité du camp des jeunes officiers, celui des modérés organise une contre-manifestation et libère tous les prisonniers politiques incarcérés depuis l'époque du CMRPN, dont Sankara et ses amis. Mais il est trop tard : l'Etat est fragilisé et l'armée divisé.
Le 4 août 1983, les militaires du Centre d'entraînement commando(CNEC) de Pô, au sud du pays, sous la conduite du capitaine Blaise Compaoré, prennent d'assaut Ouagadougou. Le Conseil National de la Révolution (CNR) est alors proclamé.
| Le CNR opte pour un régime de type progressiste. Composé d'une centaine de membres plus ou moins anonymes, il a à sa tête quatre leaders, aussi appelés "chefs historiques de la Révolution" : le capitaine Thomas Sankara, le capitaine Blaise Compaoré, le commandant Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo. Plusieurs partis d'obédience communiste soutiennent le régime, dont les Comités de Défense de la Révolution (CDR) constituent l'ossature organisationnelle à tous les échelons de la vie publique |
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De profondes transformations sont entreprises. Ainsi, l'organisation administrative et territoriale change avec le découpage du pays en dix provinces, la création des secteurs urbains en lieu et place des quartiers traditionnels, la nationalisation du sol et du sous-sol, etc. La Haute-Volta devient le Burkina Faso et les voltaïques, les burkinabé. C'est une période où, de gré ou de force, les populations consentent de nombreux sacrifices : réduction des salaires, restrictions des libertés syndicales, travaux d'intérêt collectifs, etc. En revanche, le plan populaire de développement (PPD), exécuté de façon volontariste, permet d'accroître le taux de scolarisation, de bâtir des logements sociaux, de promouvoir la vaccination à grande échelle, de construire des retenues d'eau et des forages .
Sur le plan international le Burkina Faso est mieux connu qu'auparavant, admiré par les progressistes qui en font un exemple. Le charisme de son président dépasse largement les frontières du pays. Cependant, à l'intérieur, des fissures apparaissent dans la cohésion du pouvoir. Les burkinabé, qui ont connu durant de nombreuses années des espaces de liberté quelle que soit la nature des régimes, sont de plus en plus exaspérés par celui du CNR. Sont particulièrement mal supportés les exécutions sommaires, les "dégagements" de fonctionnaires, les exactions diverses de certains membres des CDR. Les organisations qui soutiennent le régime s'opposent dans des querelles interminables. Les contestations touchent l'armée. La confiance ne règne plus au sommet du pouvoir. Le dénouement est tragique : le président du CNR trouve la mort au cours d'une fusillade sanglante le 15 octobre 1987.
Dirigé par le capitaine Blaise Compaoré, le Front Populaire prône la rectification de la Révolution. Le nouveau pouvoir entreprend de décrisper l'atmosphère sociale : libération des prisonniers politiques, dialogue avec les différentes forces sociales, réparations des torts causés pour des motifs syndicaux, politiques ou autres, réhabilitation de la chefferie traditionnelle, etc. Cette nouvelle politique exige des adaptions, notamment au niveau des structures émanant du CNR. Ainsi, les CDR sont-ils dissous et remplacés par les Comités de la Révolution (CR), éphémères elles-mêmes.
Persuadé que la mise en place d'un véritable Etat de droit constitue le seul rempart aux errements du passé, le Président du Faso, Blaise Compaoré, fait part, dans son discours à la Nation le 31 décembre 1989, de son intention de doter le pays d'une Constitution. Cette intention est réaffirmée au premier Congrès ordinaire du Front Populaire en mars 1990 et deux mois plus tard, en mai, une Commission Constitutionnelle est installée. Elle élabore un avant-projet qui est soumis à l'examen des Assises nationales convoquées à cet effet en décembre 1990.
L'année 1991 est une étape essentielle dans cette marche vers un Etat de droit. En janvier, le Président du Faso autorise la création des partis politiques. Une vingtaine est aussitôt reconnue. Quelques mois plus tard, le 2 juin, un référendum permet l'adoption de la nouvelle constitution qui est promulguée le 11 juin. Les fondements de la IVe Républiquesont alors posés.