La Ière République

L'année 1960 marque une étape décisive dans l'histoire de la Haute-Volta, (Aujourd'hui Burkina Faso) de même que celle de la plupart des anciennes possessions  françaises d'Afrique. L'accession de ces pays à la souveraineté nationale est l'aboutissement d'un processus politique amorcé une dizaine d'années plus tôt et institué par la Constitution de 1958 qui les fait passer du statut de colonies à celui d'Etats membres de la Communauté franco-africaine.

Le transfert de compétences de l'Etat  français  à l'Etat voltaïque a lieu le 11 juillet 1960, en concertation avec les autres membres du Conseil de l'Entente. Maurice Yaméogo préside alors aux destinées de la Haute-Volta. Le 5 août 1960, l'indépendance de la Haute-Volta est proclamée et dès le 20 septembre, le jeune Etat est admis aux Nations Unies.

 


Feu Maurice Yaméogo premier président du Burkina

L'indépendance ne constitue pas une rupture brutale avec l'ancienne puissance coloniale. Elle est accompagnée par des accords de coopérations signés le 24 avril 1961 dont la particularité réside dans le fait que, sur le plan militaire, la Haute-Volta refuse l'installation de bases françaises sur son territoire. Pour le jeune Etat, cette période est marquée par la recherche d'un équilibre sur le plan diplomatique, économique et politique. En janvier 1962, la Haute-Volta adhère au groupe de Monrovia qui rassemble les pays modérés, mais maintient des relations avec le groupe panafricaniste. Elle avait même décidé, en juin 1961, de supprimer ses barrières douanières avec le Ghana.

En 1962, la Haute-Volta prend part à la constitution de l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) et le 26 mai 1963 elle participe à Addis-Abéba, en Ethiopie, à la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).

Sur le plan intérieur, la politique administrative est confrontée à l'épineuse question de conciliation entre le pouvoir traditionnel et le pouvoir moderne. Finalement, la première République va ôter aux chefs traditionnels les nombreuses prérogatives qui leur ont été accordées pendant la période coloniale. Par ailleurs, le pouvoir personnel du Chef de l'Etat, favorisé par l'instauration du système du parti unique avec l'Union Démocratique Voltaïque, section locale du Rassemblement Démocratique Africain (UDV-RDA), ne laisse aucun espace de liberté aux opposants, souvent emprisonnés. Une loi du 24 avril limite même les libertés syndicales et le droit de grève. C'est dans ce climat que le Président , candidat unique aux scrutins du 3 octobre 1965 , est élu avec 99,98 % des suffrages exprimés.

Sur le plan financier, l'euphorie de l'indépendance a fait perdre de vue les mises en garde sur la politique d'autorité prônée dès 1959, d'autant plus que les mauvais rapports avec la France ont eu pour conséquence une réduction de ses subventions. Confronté à la pénurie des caisses publiques, due pour l'essentiel à la gabegie du Chef de l'Etat, le gouvernement décide d'appliquer un train de mesures drastiques dont le clou est la réduction de 20% de la masse salariale.

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le ler janvier 1966, les syndicalistes décident de déclencher une grève qui mènera à la révolte. L'état d'urgence est décrété, mais l'agitation se poursuit et culmine par une marche populaire le 3 janvier. Le président est contraint de démissionner et, à la demande des manifestants, "le militaire le plus ancien dans le grade plus élevé " prend le pouvoir: il s'agit du commandant Sangoulé Lamizana.

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